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La Sucette, gourmande par conviction et Sorcière par défaut, avait une fois de plus égaré ses compagnons d’infortune au cours d’une soirée riche en pitance et en boisson. Son surnom avait depuis fort longtemps remplacé aux yeux de tous un nom dont elle-même ne se souvenait plus, ses écarts de jeunesse ayant quelque peu érodé une mémoire douteuse et désormais vacillante. Assumant davantage son goût prononcé pour ce qu’elle appelait « les plaisirs de la vie » que ses talents innés de magicienne, elle lançait ses sorts au gré des occasions de se remplir les poches ou le ventre, n’ayant que faire de la sacro-sainte éthique de la guilde des sorciers de Lhynn. Et pourtant, elle faisait officiellement partie de la garde rapprochée de l’Empereur Haghendorf 1er , bien que la paix ait quelque peu altéré son patriotisme… Son talent toutefois demeurait, pendant d’hypothétiques phases de sobriété qui peuplaient les récits des badauds et les souvenirs épars de la magicienne, souvent romancés par l’imaginaire commun pour étoffer sa réputation.
Elle se réveillait péniblement entre deux bottes de paille, sa robe d’un rouge passé était parsemée de diverses taches plus ou moins récentes, son bâton trainait dans la boue et une botte faisait office de refuge de luxe à un crapaud endormi…
Après avoir ouvert un ½il, puis les deux, mis un peu d’ordre dans ses affaires et rincé ce qui pouvait l’être, elle se mit en tête d’aller assouvir les besoins gargantuesques de son estomac et de distraire son cerveau endolori.
«- Mmmmmh… Hé ! Toi ! On est où ?
-Plait-il ? Vous êtes dans la citadelle d’Altenberg la blanche bien sûr !
-Oh m******rde ! Qu’est-ce que je fous là ?! »
Au détour de l’auberge du Castor Suintant, elle se figea devant une pancarte fraîchement posée qui exhortait les citoyens de l’Empire à prendre les armes contre l’ennemi mortel de l’Empire : la Lune Noire. Bien que ses facultés ne lui permissent pas de se souvenir de tous les détails et que sa propre compagnie soit mobilisée à des lieues de là, dans la cité impériale de Lhynn, elle parvint malgré tout à rallier le point de rassemblement devant les remparts d’Altenberg, après une ou deux escales dans les tavernes qui jalonnaient sa route…
Quelques templiers, archers, prêtres et autres fanatiques albinos avaient déjà rallié le campement lorsque La Sucette fit irruption en oscillant parmi eux, tache rouge dans un flot de robes blanches, reflet involontaire de son alcoolémie au milieu de saints hommes plutôt galvanisés par leur foi que par leur foie.
Après quelques mètres passés à trébucher dans les fourreaux et à piétiner les robes, elle finit par s’étaler pour de bon contre un phalanx qui faisait des moulinets au dessus des crânes dégarnis avec une épée dont le reflet avait fini de désorienté la magicienne. Au lieu de se confondre en excuses, La Sucette se contenta d’étouffer un juron paysan et de gratifier la face velue du serviteur d’Altenberg d’un vaste glaire qui lui chatouillait la glotte quelques instants plus tôt.
Après qu’il lui ait mit une bonne gifle et qu’elle ait immolé sa moustache qui depuis ne pousse plus, Seoddyn reconnut son amie La Sucette qui finit par sourire en le reconnaissant, mais surtout en fixant son résidu de barbe incandescente.
Après cet évènement malencontreux, les deux compères se mirent sur la route de Moork accompagnés de leurs fidèles compagnons, pour la gloire et l’écu, avec la ferme intention de faire ravaler son Shadrakh à Greldinard !
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"On dirait que j'ai pas les c**illes sorties des ronces"
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